Culture
Théâtre. « Inconnu à cette adresse » gagne à être connue
10 Février 2012
« Inconnu à cette adresse » est une pièce de théâtre novatrice et captivante de Michèle Levy-Bram jouée durant ce début d’année au théâtre Antoine, à Paris.
Le metteur en scène Michèle Levy-Bram est la première à adapter le roman de Kressmann Taylor écrit un an avant la seconde guerre mondiale. A l’affiche : de grands comédiens comme Gérard Darmon et Dominique Pinon. Au mois de mars, Thierry Lhermitte et Patrick Timsit les remplaceront. La pièce raconte une correspondance étalée de 1932 à 1934 entre Martin Schulse et Max Eisenstein, deux amis et associés dans une affaire de commerce de tableaux. Martin est allemand, Max est un juif américain vivant à San Francisco. Tout au long de la pièce, on voit cette amitié s’étioler à mesure de montée en puissance du régime d’Adolf Hitler en Allemagne. Les différends entre les deux personnages s’affirment et, pris dans une spirale infernale, ils seront destinés à se détruire l’un l’autre…
La mise en scène est simple et le décor est minime. Chaque personnage, assis à son bureau, est entouré d’un seul élément : un tableau ou une vieille TSF, qui laissent place à la beauté des mots de ce texte poignant. Les protagonistes sont évidemment sur la même scène, mais ne se parlent jamais. Ils ne font que révéler leurs lettres avec sobriété. Il y a une distance entre eux, le jeu des lumières met bien en valeur celui qui parle tandis que l’autre réagit, comme si l’un écrivait ce que l’autre lisait… Pinon et Darmon font vivre la confrontation de leurs personnages avec brio. Au début, on ressent la complicité des deux amis, mais très vite, au bout de deux lettres, la situation se dégrade, Max est consterné et ému par ce que lui apprend Martin, devenu un nazi avec des termes durs et patriotes.
Leurs propos deviennent de plus en plus incisifs, une ambiance glaciale s’installe et l’intensité du jeu des acteurs prend aux tripes. Des moments drôles, ironiques, voire cyniques, rendent, par contraste, le texte encore plus dramatique. Dominique Pinon incarne à la perfection son personnage sans pitié à la voix stridente et au physique de petit homme frustré, le nazi par excellence. De l’autre côté, Gérard Darmon joue le « libéral », rêveur plein de bon sens. On arrive à se détacher de tous ses rôles au cinéma pour apprécier Max comme il se doit. On pourrait reprocher à la mise en scène de le voir trop souvent le nez dans sa lettre, donnant l’impression qu’il lit vraiment.
« Inconnu à cette adresse » est révélateur de la 2nde guerre mondiale : un sujet commun à tous. Par rapport au roman étudié au collège, les textes sont adaptés de manière plus concise par Michèle Levy-Bram. Si l’adaptation théâtrale d’une correspondance apparaît difficile à réaliser, en l’occurrence celle-ci est très réussie.
Publié par ARTHURLETANG
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