Culture

DIAPORAMA. L’art du portrait à Photoquai

16 Octobre 2013

© Marion MAIMON
Du 17 septembre au 17 novembre 2013 une galerie éphémère installée sur les quais de Seine réinvente l’art du portrait. Les photographies présentées à ciel ouvert et en libre accès regroupent les travaux d’une quarantaine d’artistes qui s’approprient, redéfinissent ou détournent les codes du portrait face à la Tour Eiffel et à quelques mètres seulement du Musée du Quai Branly, partenaire et hôte de l'exposition Photoquai. Photo © Marion MAIMON

En traversant la passerelle Debilly, d’étonnantes formes rouges et blanches attirent le regard. En se rapprochant, il est possible de découvrir la 7ème édition de Photoquai. Cette année le thème majeur mis à l’honneur et la forme artistique qui prévaut dans l’ensemble des œuvres est le portrait.

Ce festival, organisé en partenariat avec le Musée du Quai Branly, regroupe une quarantaine d’artistes venus des quatre coins du monde : d’Amérique du Sud, d’Asie, du Moyen-Orient ou d’Afrique notamment. Le dispositif d’installation des œuvres sur des murs blancs, gris ou rouges tout au long d’une promenade localisée sur une dalle grise, aménagée pour l’occasion, permet aux visiteurs de se fondre dans un « melting-pot » d’expériences, de tranches de vie, de traditions, de codes vestimentaires et d’émotions prises sur le vif, captées par le regard du photographe. Les photos ne sont pas encadrées. Elles sont directement incorporées dans le mobilier urbain.
 
Malgré la grisaille parisienne de cette fin d’après-midi, mardi 15 octobre 2013, les visiteurs sont nombreux. Le contraste entre le temps, annonciateur de pluie, et la diversité, la richesse de gamme de couleurs ou bien encore la puissance des portraits, des visuels de cette exposition est flagrant. Les passants sont littéralement aimantés, irrésistiblement attirés par cette exposition. Leur curiosité les pousse à s’approcher et découvrir cette « étonnante galerie de portraits » selon les dires de Marc, un jeune homme venu en couple.  Les passants qui découvrent et profitent de cette biennale sont conquis. Delphine, venue avec ses deux filles, est « sous le charme devant tous ces portraits ». « La beauté », « la grâce » de certains visages l’ont « beaucoup touché ». « La diversité des œuvres » et les tons « très colorés » de certains portraits ont beaucoup plu à un couple de retraités « venus en voisins » bénéficier de cet événement culturel.

A chaque nouveau panneau qui égrène, révèle et expose de nouveaux portraits, le spectateur reçoit de manière frontale des zestes d’humanité, des témoignages de vie en plein visage. Un jeune homme a été « secoué » par le panneau regroupant plusieurs portraits d’albinos réalisés par un photographe brésilien. Des collégiens s’amusent devant l’ensemble des portraits. Ils s’attachent au moindre détail, inventent des vies ou des surnoms aux hommes et aux femmes atypiques auxquels ils sont confrontés à travers ces portraits. Cette dérision témoigne pourtant d’une curiosité de ces jeunes collégiens pour les photos et montre leur capacité d’émerveillement face à l’art.

Un mimétisme, des similitudes flagrantes coexistent de manière insoupçonnée entre les portraits et la population qui découvre ces œuvres. La foule, composée en grande majorité par des touristes étrangers et qui s’émerveille devant les photographies de visages, est à l’image de la diversité des photographes et des modèles. L’anglais domine dans les échanges enjoués et les commentaires à brûle-pourpoint entre les visiteurs de Photoquai. Mais d’autres sonorités étaient perceptibles grâce à des visiteurs brésiliens, sud-américains et asiatiques. Toutes les tranches d’âge sont présentes le long des quais de Seine.

A force de parcourir les allées, les visiteurs finissent par se dévisager. L’œil porte alors, à la manière de l’objectif de l’appareil photo un regard bienveillant vers son voisin, vers son vis-à-vis. A l’heure du bilan, cette exposition éphémère est véritable succès aux dires des nombreux visiteurs, « enchantés », « bouleversés », « très émus ». Cet éveil à l’art, éphémère et gratuit replace l’homme au cœur de la création et de l’expression artistique en célébrant la richesse et la diversité du portrait,. Les parisiens peuvent encore profiter de cette exposition jusqu’au 17 novembre. 


« Quand je me sais photographié, je me transforme en image ». C’est par ces mots de Roland Barthes que débute le message de Frank Kalero, directeur artistique de Photoquai, situé sur un mur rouge vif, qui accueille les visiteurs de passage à cette exposition gratuite, en plein air, sur les quais de Seine. Le fil conducteur cette année est la figure humaine. 8 commissaires d’origine étrangère ont été mobilisés. Leur objectif était de débusquer des photographes inconnus en Europe. Parmi plus de 200 artistes, 40 reportages ont été sélectionnés permettant « une diversité de point de vue pour une mise en regard de réalités dépourvues d’exotisme et de préjugés, sans classification ethnographique. » Depuis sa création en 2007, la biennale de photographie Photoquai met en valeur une photographie du monde entier qui donne à voir « un ailleurs, vu de l’ailleurs ». Sa mission fondamentale est de susciter des échanges, des croisements de regards sur le monde à travers l’exposition et le rayonnement d’artistes non occidentaux dont l’œuvre reste inédite sur notre territoire. La sélection 2013 est rassemblée sous le slogan « Regarde-Moi ! »

Crédit Photo: Hein-Kuhn Oh, Musée du Quai Branly
Le Coréen Hein-Kuhn Oh qui ouvre l’exposition à travers sa série intitulée « Cosmetic Girls » a fait participer 138 adolescentes à son projet. Ses portraits en plan serré explorent la fragilité du conformisme adolescent et les codes ou les canons de beauté que la jeunesse s’impose à elle-même.

Marion MAIMON
Le mur de portraits de Gustavo Lacerda, photographe brésilien, attire sans conteste le plus grand nombre de visiteurs. Ses portraits d’albinos soulignent sa sensibilité artistique d’une nature différente et révèle une beauté très particulière chez ces hommes et ces femmes qu’il photographie depuis 2009. Gustavo Lacerda a été quatre fois détenteur du prix de la Fondation Conrado Wessel, l’une des plus prestigieuses récompenses photographiques au Brésil. Il tente à travers ses portraits d’albinos de s’emparer d’ « une beauté unique, pleine de subtilité et qui recouvre au-delà de son étrangeté, un mélange d’orgueil et de timidité. »© Marion MAIMON

Marion MAIMON
Le travail d’Alejandro Cartagena, photographe mexicain, est illustré par une série de portraits « The Car Poolers » en plongée sur l’arrière de voitures, sur les coffres de pick-up dans lesquelles dorment de nombreux travailleurs mexicains. Il cherche à révéler le quotidien de milliers d’ouvriers et tente de dénoncer « l’invisibilité des mexicains dans une société en crise ».© Marion MAIMON

Crédit Photo: Rongguo Gao, Musée du Quai Branly
L’artiste chinois Rongguo Gao a photographié 23 paires de jumeaux parfaitement identiques, tous âgés de plus de 50 ans, après une enquête dans 511 villages. Avec ces portraits en vis-à-vis, Rongguo Gao joue de l’effet miroir. « Ces jumeaux partagent les même traits, sont de la même famille, mais n’ont pas vécu la même vie. Chacun est le miroir de l’autre. Et à travers l’autre, on se comprend mieux soi-même ».

Marion MAIMON
Stanley Fung, représentant Taïwan, exprime sa ferveur religieuse à travers son art et représente des personnes bibliques dans des portraits de grande taille, en noir et blanc dans sa série « Dust Icons ».  © Marion MAIMON

José Castrellón © musée du quai Branly, Photoquai 2013
José Castrellon, pour le Panama, cherche à documenter son époque sur les changements sociétaux, les codes, le consumérisme et l’urbanisme galopants. Ses portraits représentent des hommes accompagnés de bicyclettes et de vélos assez modernes qui ont été modifiés, améliorés, « customisés » par leurs propriétaires. Les engins deviennent alors un moyen de revendiquer son identité.  Le photographe porte un regard à la fois « critique et tendre sur ces hommes qui à défaut de posséder une automobile vénèrent leur vélo. Ne sont –ils pas les acteurs d’une société dominée par la représentation ? »

Crédit Photo: Filipe Branquinho, Musée du Quai Branly
Les œuvres de Filipe Branquinho, photographe Africain représentant le Mozambique, place l’homme et le travailleur au cœur de son environnement quotidien. Le boxeur en tenue, les policiers amusés devant l’objectif ou bien encore l’ouvrier casqué qui semble être pressé de retourner à son dur labeur saisissent un instantané du quotidien des travailleurs Africain et révèlent le dynamisme du pays.

Diaporama © Pierrick PATARIN

 

Publié par Gabriel MABILLE

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