Culture

Les colosses de Charbonnel s’exposent dans les rues de Compiègne

17 Juin 2015

Les huit sculptures de résine sont exposées dans les rues, les parcs et sur les terrasses de Compiègne.
Des sculptures monumentales de l'artiste Christophe Charbonnel sont exposées dans les parcs, les rues et les jardins de Compiègne jusqu'à la fin juin. L'assaut de ces guerriers de résine et de fer est plutôt bien accueilli par les habitants.

« La première fois que j’ai croisé l’une de ces sculptures, j’ai marqué l’arrêt pendant plusieurs minutes”, raconte Sandrine. Cette trentenaire au look apprêté a profité d’un mardi après-midi chômé pour flâner dans les rues de Compiègne. “Encore maintenant, quand je passe à côté de l’une d’elle, je prend le temps de les admirer. Elles ont quelque chose de fascinant, qui capte l’attention», poursuit la jeune femme, dont la robe blanche et légère tranche avec l’aspect rouillé et brut de décoffrage du géant immobile. Comme elle, de nombreux badauds stoppent net devant ces êtres de métal au corps musclés et au regard empli de gravité. Depuis le 18 avril, les parcs, jardins et terrasses de Compiègne sont peuplés de géants monumentaux à l’air sévère, inspirés de l’époque gréco-romaine.

Des jours entiers de travail acharné

Ces statues de plus de deux mètres sont composées de résine polyester mélangée à de la poudre de fer sont le fruit du travail acharné de Christophe Charbonnel. L’artiste confie avoir passé « plusieurs dizaines de jours » sur chacune des huit œuvres exposées dans les rues de la Cité impériale. « Sculpter est presque un travail d’équipe. Avant de réaliser une œuvre, je crée d’abord une ébauche en plâtre, qui me sert à fabriquer un premier moule. Avec celui-ci, je fait un moulage en résine que je détaille ensuite. Pour en arriver là, il faut déjà une bonne semaine de travail non-stop. Ensuite, c’est ce sujet en résine détaillé qui partira à la fonderie, chez les artisans d’art avec lesquels je travaille et qui mouleront le bronze ou le rendu résine final, en taille réelle. »

C’est cette couleur “poudre de fer” donnant aux statues cet étrange aspect à la fois charnel et métallique, qui retient d’abord l’attention. « L’utilisation de résine mélangée à de la limaille est un procédé ancien. Ca se faisait beaucoup il y a une vingtaine d’année. J’aime cet aspect buriné et brut. La résine est un support immuable en principe, précise le passionné. Mais si on y ajoute de la poudre de métal, alors on obtient un matériau qui semble parfaitement vivant. Qui se ternit et se patine avec le temps, rouille, ne rend pas pareil en fonction du soleil et du fait qu’il ai plu. »     

Pousser pour la première fois la porte d’un musée

Une façon de réconcilier le Français Moyen avec l’art ? L’initiative est saluée par les riverains, qui dans leur immense majorité apprécient ces rencontres impromptues, et seraient même prêts à pousser un jour, pour la première fois, la porte d’un musée. Dixit Moustapha, la vingtaine, occupé à observer depuis son banc un guerrier au bouclier. Dans sa pose, celui-ci déploie son large écu comme pour protéger l’hôtel de ville situé quelques mètres derrière lui. Le jeune-homme, n’est « pas un intello», selon ses dires, mais il trouve que ces sculptures de Charbonnel ont «vraiment de la gueule”. “On dirait qu’elles ont vu l’apocalypse ou survécu à une bombe atomique», poursuit l’apprenti critique d’art. Dommage selon lui que l’on ne trouve pas de choses de ce genre dans les musées : “Parfois, ce qu’on voit de l’art à la télévision nous paraît incompréhensible.»

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Pour en savoir plus :
œuvres exposées par la gallerie Bayart, partenaire de C. Charbonnel.

Publié par Quentin Galand

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