Culture
«Gòlgota Picnic» sur l’autel des critiques
09 Décembre 2011
Climat de haute tension jeudi 8 décembre au théâtre du Rond-point, à Paris. Pas moins de 800 policiers sont présents pour maintenir l’ordre lors de la première de « Gòlgota Picnic ». Près de 160 manifestants catholiques sont venus pour s’opposer à la pièce du metteur en scène argentin Rodrigo Garcia, qu’ils jugent blasphématoire
Ambiance électrique jeudi soir à quelques encablures des Champs-Elysées, on était prévenu. Fourgons de CRS et chaînes de télévision sont aux premières loges pour la première de la pièce. « Je ne payerai pas pour voir cette ordure.. », s’exclame une manifestante. Tenus à distance du théâtre, ils sont plus de 160 fidèles catholiques à s’être déplacés pour protester. Parmi eux, certains portent des tuniques rouges avec une image du christ dans leur dos. Des roses blanches sont posées sur les barrières qui délimitent le périmètre de sécurité et une femme porte une statuette de la vierge Marie.
« La chrétienté en France, c’est une histoire de 1 500 ans », explique un autre manifestant, « on doit respecter cela !». Une femme affirme qu’elle a perdu la foi, mais est ici pour « soutenir ceux qui ont une croyance religieuse et pour qu’on respecte cette croyance ». Tous sont là pour s’indigner face à une pièce qu’ils jugent insultante, choquante pour le Christ et ses apôtres. Ces manifestants de tout âge refusent qu’on les qualifie d’extrémistes : « nous sommes nationalistes, l’extrémisme c’est pour les musulmans ». Des passants s’arrêtent et s’interrogent : « Que se passe-t-il ici ? ». D’autres ne comprennent pas tout ce charivari pour une oeuvre de l’ordre du culturel, une forme de liberté d’expression dans un pays démocratique et laïc.
Peut-on au 21e siècle rire de tout, même du sacré ?

Avec cette nouvelle manifestation, Civitas et les intégristes qui dénoncent la « christianophobie» de la pièce attirent l’attention, reléguant presque la puissance théâtrale de Rodrigo Garcia au second plan. De quoi s’alarment-ils ? De scènes pesantes et décalées où Jésus devient la cible, de ces hamburgers sur le sol, le Christ est passé par là : il a multiplié les pains, ou encore une crucifixion tragique et trash… Les provocations sont assumées, certes, mais la pièce n’est elle pas qu’une caricature ? Peut-on au 21e siècle rire de tout, même du sacré, dans un pays démocratique où l’on prône la liberté d’expression ? Récemment incendié, Charlie Hebdo peut il s’emparer, à sa manière, de Mahomet ou de Jésus ?
Car c’est à la manière du journal satirique que Rodrigo Garcia exprime ce qu’il a pu ressentir dans son enfance catholique. Si grinçante soit-elle, la pièce n’est qu’un objet caricatural et en aucun cas un appel à la haine de la religion. Christine Boutin, candidate du Parti chrétien-démocrate à la présidentielle, semble l’avoir compris, qui a condamné la manifestation. Selon elle, ces « intégristes » ne regroupent qu’une minorité et ne reflètent pas le christianisme. Elle prône la liberté d’expression, malgré un spectacle qu’elle qualifie de « navrant ».
Difficile depuis cet automne de faire monter sur scène le christ sans s’attirer les foudres de Civitas, prônant la rechristianisation de la France. Le week-end dernier, deux personnes avaient été interpellées après avoir tenté de saboter le système d’alarme du théâtre du Rond-point. Tandis qu’à Toulouse, lors de sa représentation au mois d’octobre, des intégristes étaient venus attaquer la pièce. Civitas a déjà fait parler d’elle en s’attaquant à l’œuvre de Romeo Castellucci « sur le concept du visage du fils de dieu ». Jets d’huile de vidange et d’œufs, injures, on se souvient des scènes incroyables devant le théâtre de la ville à la fin de l’été. Ce jeudi soir, bien qu’en nombre, c’est dans le calme que les manifestants ont protesté sur fond de chants religieux. La pièce, elle, a pu se jouer normalement. C’est déjà ça.

Publié par Kevin Ricoul
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