Culture

Quand l’art s’invite à domicile

15 Octobre 2013

© Xian Wu
La Tour Paris XIII à ouvert ses portes aux visiteurs le 1er Octobre 2013 ; et les fermera le 31. Pendant un mois, les amateurs de street-art pourront déambuler dans des couloirs et des appartements entièrement revisités par une bande de graphistes venus des quatre coins du monde.

« Bosser dans un univers pareil, c’est tonifiant ! » Glisse Gael, graphiste de 24 ans qui a participé activement au projet de la dorénavant fameuse Tour Paris XIII. Destinée à la casse, cette bâtisse s’est changée en œuvre de street-art, sous l’impulsion d’une centaine d’artistes et de la Galerie Itinérrance, un organisme spécialisé dans l’art urbain. « Parfois c’est usant, oui, mais au fond vivre et travailler ici, c’est géant. Il y a un dynamisme fou », ajoute-t-il en s’asseyant face à la seule entrée qui ne soit pas condamnée, dans la cour de l’immeuble. « C’est rare d’avoir un si grand espace à notre disposition, et dont on peut faire ce que bon nous semble », confirme Katre, lui aussi graphiste. « J’ai investi un appart’ au 4ème, d’une cinquantaine ou d’une soixantaine de mètre carrés. De là, j’ai pu créer ce que je voulais comme je le voulais.  J’aime travailler avec les images et je suis attaché aux friches et à tous ces lieux en démolitions, désaffectés. L’appartement dont j’ai pris possession reflète l’avenir de l’ensemble du bâtiment : il y règne une atmosphère de chaos, de destruction. »

Et la démarche plait : si le lundi l’accès à l’intérieur de la Tour Paris XIII est impossible, on compte environ 600 visiteurs par jour et plus du double qui tentent de rentrer quotidiennement d’après Gael.  « Je ne m’attendais pas à un si grand succès, un tel engouement », confie-t-il d’ailleurs. « Bien sûr, on a eu des retours parfois un peu interloqués. Tout ce qui est un peu arabe ça passe mal vis à vis de certains un peu fachos », plaisante-t-il à propos des immenses arabesques qui ornent le flanc orangé. « L’important c’est qu’il n’y ai pas de problème avec les quelques habitants qu’il reste. Il y a eu quelques accrochages à l’ouverture des visites avec l’une des résidentes. Les gens venaient toquer à sa porte, elle ne se sentait plus aucune intimité. Mais maintenant ça va mieux. »

Et pourtant, malgré l’enthousiasme des visiteurs, des curieux et des artistes, il n’est pas question d’égo ou de prendre la grosse tête.  Pour Katre, « c’est une longue expérience humaine de neuf mois. On a côtoyé des artistes d’Europe, d’Amérique du Sud, du monde entier, mais aussi des gens vraiment gentils. J’ai façonné mon appartement en face de celui d’une vieille femme très avenante. J’avais beau travailler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, elle était toujours là pour s’assurer que tout allait bien. On apporte une certaine présence à un immeuble un peu mort, en un sens. »

Photo © Xian Wu

Publié par Vincent Nahan

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