Faits-divers

Panique autour des cornes de rhinocéros

08 Décembre 2011

Crédit photo : PARC ZOOLOGIQUE ET DE LOISIRS DE THOIRY/ARTHUS BOUTIN
Très prisées pour leurs prétendues vertus médicinales, les cornes de rhinocéros sont l'objet de vols dans toute l'Europe depuis un an et demi. Dernière victime en date : une corne de rhinocéros blanc, dérobée au musée de la Chasse et de la Nature, à Paris.

Surprise pour les agents de surveillance du musée de la Chasse et de la Nature. Mardi 6 décembre à 13h45, deux malfaiteurs s’introduisent dans l’établissement, neutralisent les gardiens avec « un gaz paralysant » et s’emparent violemment de la corne du trophée du rhinocéros blanc, capturé en Afrique du Sud dans les années 80. Le musée a indiqué à Europe 1 que « les gardiens ont été brièvement placés sous observation à l’hôpital ».

Le muséum de Rouen, le muséum d’histoire naturelle de Blois, le musée africain de l’île d’Aix… et maintenant le musée de la Chasse et de la Nature. Depuis le début de l’année, la Direction des musées de France constate une recrudescence de vols de cornes de rhinocéros. Mais les voleurs n’agissent pas seulement en France. En Belgique, en Allemagne, en République Tchèque, en Autriche et au Portugal, musées, antiquaires et salles de vente ont subi le même sort. La corne de rhinocéros est une denrée recherchée !

Face à la recrudescence de ces vols, de plus en plus violents, certains établissements, comme le Parc zoologique de Lille, sont amenés à prendre leurs précautions :« Nos deux rhinocéros sont suivis par des agents dans la journée et la nuit ils sont mis dans leur logement, sous scellé. Fermé à clefs et sous alarme », précise Didier Lamine, responsable des agents du zoo de Lille. Au Parc zoologique de Thoiry,(Yvelines) des moyens de protection ont été mis en place. Mais Edmond de la Panouse, responsable du zoo, préfère ne pas les dévoiler. « Moins j’en parle, mieux c’est. Je ne veux pas donner des clefs » aux personnes mal attentionnées, indique-t-il.

L’Afrique du Sud a adopté une mesure plus draconienne : une substance toxique, qui vire au rose sous les rayons X, est appliquée sur la corne des rhinocéros. Cette dernière devient ainsi nocive pour ceux qui seraient tentés de la consommer. Vendue entre 25 000 et 200 000 euros en fonction de sa taille, la corne est ensuite broyée en poudre puis vendue sur les marchés asiatiques. En Afrique du Sud, 288 attaques directes contre les rhinocéros ont été constatées entre les mois de janvier et septembre, contre seulement 13 en 2007. Un constat d’autant plus alarmant que le rhinocéros est une espèce sévèrement menacée. Toutefois, les associations de défense des animaux ne lâchent pas prise. Dernièrement, WWF a participé à la protection de l’espèce, avec son projet « Black Rhino Range Expansion » (Projet d’augmentation du nombre de rhinocéros noirs). Depuis le lancement du programme, une centaine de rhinocéros ont été relâchés dans sept nouveaux habitats. Un espoir pour cette espèce protégée.

  • « La cupidité, liée aux bêtes, est destructrice »


    Vicomte Edmond de la Panouse, responsable du Zoo de Thoiry

    EFJ-MAG : Pourquoi les malfaiteurs s’en prennent-ils aux rhinocéros ?

    Edmond de la Panouse : « Alors que la corne de rhinocéros est faite de kératine et n’a aucune vertu médicinale, les trafiquants tuent quand même les rhinocéros pour faire augmenter leur valeur. En fait, derrière tout ça, se cache le trafic d’animaux vivants ou d’objets dérivés ».

    EFJ-MAG: Qu’est ce qui est mis en œuvre pour sauver cet animal ?

    E.- de la P : « Tout le monde travaille d’arrache-pied pour participer à la reproduction des espèces menacées. Les Parcs zoologiques, entre autres, participent, donnent de l’argent. Mais le problème devient exponentiel avec le braconnage ». C’est le cas du rhinocéros de Java. Récemment, cette espèce a été déclarée éteinte au Vietnam. Il ne reste que 50 individus dans le monde entier.

    EFJ-MAG: Le rhinocéros a-t-il une fonction particulière dans la biodiversité ?

    E.- de la P : « Chaque espèce a son rôle [dans la biodiversité, ndlr] C’est pourquoi nous devons nous faire ambassadeurs pour rappeler la menace [qui pèse sur le rhinocéros, ndlr]. Il a un rôle emblématique dans la conservation des espèces […]. C’est le seul animal qui peut éteindre un feu de savane […]. En s’asseyant sur des arbres morts, il permet aux jeunes pousses de s’épanouir. Le rhinocéros est quasiment un bûcheron et un fermier en même temps ».

Publié par Alix Forgeot

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