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Les réseaux sociaux, l’arme de séduction des politiques

ENQUÊTE

05 Décembre 2011

De nouvelles connexions virtuelles / DR
Les politiques ont toujours cherché à toucher les jeunes lors des campagnes présidentielles. Les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, semblent devenir des outils nécessaires pour atteindre ce quart de l’électorat français.

Faut-il considérer que les jeunes Français ne s’intéressent pas à la politique ? A première vue, oui, car les moins de 25 ans s’abstiennent plus que leurs aînés aux élections et s’engagent moins dans des partis politiques ou syndicats. Cependant, de nombreuses études montrent que du fait de la hausse des niveaux de formation, les jeunes ont, en général, une connaissance importante du monde politique et de son actualité et en font l’objet d’une critique relativement forte et construite. Ils deviennent exigeants voire méfiants à l’égard des politiques, majoritairement grâce aux nouveaux modes de communication qui se développent sur internet comme les réseaux sociaux qu’ils comprennent et maîtrisent parfaitement. Les jeunes sont donc touchés, puisque 52% des 18-24 se disent intéressés par la politique (1), mais se politisent différemment que les générations précédentes.

Investir la toile


Les politiques et les experts en communication l’ont compris, et nombreux sont ceux qui développent leur réseau social virtuel. Les stratégies de communication politique changent pour s’adapter à un nouveau public. « J’aime pouvoir discuter avec un politique sur Facebook, raconte Jamil, étudiant de 19 ans. Pouvoir directement lui répondre ou ne serait-ce que le suivre grâce à ses tweets, démystifie sa profession. On se sent plus proche de lui et on a plus envie de le soutenir ».

Un des principaux objectifs est donc de créer des contacts et de tenter d’intéresser ces jeunes qui se mobilisent, y compris dans les urnes, pourvu qu’ils saisissent les enjeux et surtout qu’ils se sentent concernés par ceux-ci. « Leur but n’est pas uniquement de dialoguer avec les jeunes, mais de leur imposer une idée », explique Pierre Guillou, directeur de la société de conseil en web politique Ideose et directeur de la publication du site internet Elus 2.0. « L’objectif premier est d’être élu ou réélu. Le réseau social est devenu un moyen rapide et efficace pour que les jeunes générations s’approprient leur idées ».

Les réseaux sociaux : nouveau terrain de jeu des politiques


D’après une étude Ipsos (2) en 2010, sur les 39,5 millions d’internautes en France, 97% avaient entre 15 et 24 ans. Une bonne raison pour investir la toile, et particulièrement les réseaux sociaux qui comptent 30 millions de jeunes utilisateurs (3). Depuis quelques temps, ces derniers sont devenus le nouveau crédo des élus et des candidats. Facebook et Twitter en tête, suivis de près par YouTube et de loin par les réseaux sociaux officiels des partis, comme La Coopole (PS) ou Les Démocrates (MoDem). La conquête du jeune est en marche. « Même si ce n’est pas dans notre culture, les politiques et les partis ont compris qu’ils n’ont pas le choix et doivent s’adapter à ce nouveau format de communication », analyse Pierre Guillou. « Ils doivent accepter la liberté de parole qu’offrent ces outils, et se confronter à d’éventuelles mauvaises réactions et parfois même au mauvais langage qu’ils n’ont pas l’habitude de côtoyer ».

L’ « e-campagne » déjà testée


Obama en avait fait le cœur de sa campagne présidentielle en 2008 : les jeunes. Le moyen de les atteindre était alors évident : les réseaux sociaux et surtout Facebook. Pari gagné puisque dans la tranche des 18-29 ans, ils étaient deux fois plus nombreux à soutenir Barack Obama que son opposant, John McCain. Pierre Guillou nuance : « Depuis cette victoire, les politiques en France fantasment sur internet et les réseaux sociaux. Mais n’oublions pas qu’Obama a gagné parce qu’il est Obama ! Les réseaux sociaux sont de très beaux et utiles outils mais à condition d’avoir une personnalité politique et un programme solide derrière ». Les efforts de communication continuent de payer puisque depuis son élection, Barack Obama est à la quatrième position dans le top 10 des personnalités les plus populaires sur Twitter avec 10,74 millions d’abonnés (ou followers) (4).

Objectif : avoir le plus de « j’aime »


En France, l’utilisation de Facebook a-t-elle un réel impact sur les jeunes ? A priori, la célèbre création de Mark Zuckerberg possède de solides atouts. Tout d’abord, Facebook est le réseau social le plus utilisé par les Français, et surtout par les 15-25 ans qui représentent 35% des inscrits (5). Depuis quelques temps, il dépasse même le site Skyrock Blogs qui, devenu un réseau social en 2007, était le plus utilisé et consulté par les jeunes. Facebook, c’est aussi un moyen de diffuser des idées et du contenu à un grand nombre de personnes de manière simple : en postant un message sur le « mur » de sa « page ». Il devient donc évident pour les politiques qu’avoir plus d’amis que l’opposition est un plus pour sa réputation. On parlera d’ailleurs très vite d’« e-réputation ». Ainsi, Nicolas Sarkozy a récolté 480 200 « j’aime » sur sa page Facebook contre 23 600 pour François Hollande. Reste à savoir si cette « victoire » aura un impact sur les futures présidentielles.

Présidentielles 2.0


Pour Pierre Guillou, il y a peu de chances. « Depuis l’arrivée des réseaux sociaux, les jeunes sont plus intéressés à la politique mais au sens large du terme ». Le Printemps arabe ou les indignés le montrent : aujourd’hui tout le monde peut être mobilisé en un seul clic. « Les jeunes sont intéressés à changer la société. Mais le sont-ils par les politiques ? Non ». Facebook et Twitter sont donc un moyen de communication comme un autre. Ils ne ramèneront pas les jeunes abstentionnistes aux bureaux de vote. « Les jeunes sont bien plus informés aujourd’hui qu’il y a 30 ans, mais est-ce qu’ils iront voter pour autant ? Non, je pense qu’il y a un réel cap entre cliquer sur « j’aime» et devenir un acteur politique, que ce soit dans un parti ou uniquement dans les urnes ». Rendez-vous en 2012 pour constater ou non du rôle de ces réseaux sociaux sur les prochaines présidentielles.

(1) Enquête Ipsos / Logica Business Consulting – avril 2011
(2) Etude IFOP – Septembre 2010
(3) Etude TNS Sofres-Février 2011
(4) Etude réalisée par le magazine « Plurielles » - 1er novembre 2011
(5) Enquête SocialBakers.

Publié par Sarah Bouchaïb

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