Economie

[INFOGRAPHIE] Très chère Coupe du monde

11 Juin 2014

Photo : Flickr/cc/Iko
La Coupe du Monde, facteur de croissance économique ou véritable fardeau financier ? Décryptage des enjeux et conséquences économiques de l'organisation d'une telle compétition.

A la veille de l’ouverture du Mondial au Brésil, la population brésilienne est partagée entre l’euphorie et la colère. Si 68 % des Brésiliens voient leur équipe gagner le précieux trophée, 61% des personnes interrogées considèrent que l’organisation de l’événement est «une mauvaise chose car cela fait de l'argent en moins pour les services publics», selon un sondage de l’institut Pew en date du 30 mai 2014. Quels bénéfices vont être engrangés par le pays organisateur à la fin de l’événement ? Quel a été le coût total de l’aménagement des infrastructures ? Les moyens financiers employés seront-ils compensés par les recettes ? Rien n’est moins sûr, au vu de la précédente coupe du monde de 2010 qui a eu lieu en Afrique du Sud.

« Il est probable que la Coupe du monde au Brésil soit la plus chère de l’histoire »

En 2012, Ricardo Teixeir, ancien président de la confédération brésilienne de football, affirmait que «l'impact social et économique [NDLR : de la Coupe du monde] laissera un héritage permanent ». Mais quel aspect aura cet héritage ? Depuis le début des travaux en 2011, les dépenses mirobolantes et injustifiées pour son organisation ont été vivement dénoncées. A l’origine, le coût total des investissements devait s’élever à 3,8 milliards d’euros, selon un rapport d’inspection réalisé par la FIFA en 2007. Le premier constat s’avère terrifiant : près de 9 milliards d’euros ont été dépensées entre 2011 et 2013. Depuis, la facture globale s’élève à 11 milliards d’euros.



Selon Eddie Cottle, syndicaliste sud-africain, « le coût des stades de Brasilia et de Rio de Janeiro a plus que doublé depuis 2010 et atteint le total de 1,3 milliard de dollars. A eux seuls, ces deux stades coûtent donc plus que ce que l’estimation d’origine prévoyait pour tous les stades ! Il est probable que la Coupe du monde au Brésil soit la plus chère de l’histoire. » Si ces dépenses faramineuses sont montrées du doigt, c’est que la fréquentation des stades diminuera considérablement une fois le Mondial achevé. Le stade National de Brasilia, qui peut accueillir 70000 spectateurs, a coûté à lui seul plus de 400 millions d’euros. Un comble quand on sait que la moyenne de fréquentation des stades ne dépasse pas 10 000 visiteurs habituellement.

Sur les 12 stades qui accueilleront les équipes en compétition, deux ne sont pas encore achevés. La Arena de Sao Paulo, stade qui accueille la cérémonie d’ouverture en fait partie. Un retard notamment causé par la mort de trois ouvriers (et qui porte à huit le nombre total de victimes sur le chantier du Mondial), et qui augmentera encore un peu plus la facture totale. En raison de ces nombreux obstacles, son coût a augmenté de 14 à 18 % par rapport aux chiffres initialement prévus, soit entre 417 et 431 millions de dollars de plus.

La Coupe du Monde 2010 : un cas similaire

La Coupe du Monde au Brésil n’est pas le seul exemple. En 2010, l’événement organisé en Afrique du Sud avait déjà provoqué un tollé. Eddie Cottle avait même évoqué cette Coupe du monde comme étant « un désastre pour le pays». Alors que le gouvernement sud-africain ne devait débourser que 202 millions de dollars, la facture totale s’est élevée à 3,9 milliards. Soit « une augmentation de 1709 % par rapport à l’estimation d’origine » d’après Eddie Cottle, ce qui a constitué une énorme perte financière pour le pays. Rien que pour la construction et la rénovation de six stades, l’Afrique du sud a consacré environ 1,8 milliard de dollars soit plus de dix fois le prix estimé à l’origine. La faute aux compagnies de construction qui ont notamment surfacturé près de 400 millions de dollars.

A cela s’ajoute 1,1 milliard de dollars payé par les villes et les provinces qui ont accueilli les matchs... Le pays s'est retrouvé avec des infrastructures inadaptées et des stades sous-exploités, aux coûts d'entretien élevés. Depuis la fin de la Coupe du Monde 2010, le stade de Cape Town est ainsi disponible uniquement pour des événements privés, des fêtes, des mariages et des anniversaires ! Ce stade de 600 millions de dollars « est pratiquement abandonné », selon le "Globe and Mail", quotidien canadien.

Pourtant, grâce à l’accueil de la Coupe du Monde 2010, la construction de routes en Afrique du Sud a atteint une étape de développement important. Selon les statistiques, la compétition dans ce pays a permis de faire augmenter sa croissance économique de 5 milliards de dollars cette année-là ; dans le même temps, lors de la compétition, l'Afrique du Sud a enregistré une augmentation de 1,3 million d'emploi, notamment dans la construction des stades et d'autres installations, dans le tourisme et d'autres industries connexes... Un effet qui s'est en partie estompé depuis.

En plus de stimuler l'économie du pays organisateur, la Coupe du Monde est une période bénéfique pour les entreprises du monde entier. En Allemagne, par exemple, en 2010, lors des matches de Coupe du monde de la Mannschaft, rien que dans les bars allemands, la consommation a dépassé les 230 millions de dollars par jour, et on avait estimé que si l'équipe allemande était arrivée en finale, la consommation dans ces établissements aurait dépassé les 830 millions de dollars.


Publié par LAFFIAC

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