Economie

« Il est l’or, l’or de se réveillor »

17 Octobre 2013

La taxe sur la vente et l'exportation des métaux précieux, actuellement fixée à 7,5 % est estimée de moins en moins justifiable par la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale. Caroline, bijoutière à Levallois, exprime le ressenti de plusieurs de sa profession.

« Le jour où on verra des bijoutiers dans les rues… », et pourtant, c’est l’occasion : Jeudi 10 octobre, la commission des finances de l’Assemblée Nationale a déposé un amendement visant à faire monter la taxe sur la vente et l’exportation de métaux précieux, et notamment l’or. « Le cour de l’or n’a pas cessé de monter depuis des années. C’est de plus en plus compliqué de vendre. Si en plus la taxe sur la vente monte à 12% je ne sais pas comment on va faire. » glisse Caroline, vendeuse dans une enseigne de Levallois et véritablement inquiète, en s’accoudant sur l’un des présentoirs immaculés qui accueillent une petite fortune aussi rutilante que clinquante. Colliers d’or et d’argent, bagues serties et bracelets finement ciselés ornent fièrement l’ensemble de l’échoppe, jouxtant les montres aussi raffinées qu’hors de prix. Autant de produits qui seront soumis à la taxe que prévoit l’amendement, s’il advenait qu’il soit voté. Le marché de l’or n’est donc pas le seul concerné : bijoux et objets d’art, de collections, ou antiquités devraient eux aussi être soumis à cette « sévère augmentation des prix » que dénonce Caroline. Si le secteur du luxe semble avoir été relativement épargné par la crise qui frappe le pays depuis 2008, certains indépendants plus modestes connaissent des difficultés presque effrayantes. « Plus le prix augmente, moins les gens achètent. En revanche, ils ne se gênent pas pour braquer nos boutiques. » Référence évidente au bijoutier de Nice, mais il n’est pas le seul. Vendredi 4 octobre, la bijouterie Vacheron de Paris était elle aussi attaquée.

Outre ces casses que le cinéma affecte tant, il est d’autres obstacles qui se dressent devant les bijoutiers. « Dans les moyennes gammes, comme chez nous, on ne vend plus que du 9 carat, soit un alliage qui ne contient que 37% d’or. On a beau avoir du 18 carat avec 75% d’or, c’est deux fois plus cher. Ca ne part pas. » D’après la bijoutière, il n’y a cependant pas que le cours de l’or à mettre en cause. Le pouvoir d’achat des français, en berne, coute cher à l’ensemble de la profession. « Il n’y a pas un bijoutier dont les chiffres sont en progression », assure Caroline. « On est tous en baisse, on peine à garder la tête hors de l’eau », souffle-t-elle, sans doute un peu perdue, si pas tout à fait déboussolée, en s’éloignant doucement des étals et des orfèvres qui accrochent toujours son regard, néanmoins. « Cette taxe, sonne comme une punition », concède la jeune femme. « Les élus estiment que les taux actuels sont injustifiables ? On a pas moins de charges que les autres, au contraire ! On fait avec, et en plus on doit composer avec le cours de l’or qui est déjà suffisamment rebutant pour qu’on soit taxé plus encore ! » s’indigne-t-elle de sa petite voix, qui trahit cependant une vraie colère « Quand il s’agit de plans sociaux, ils se mobilisent tous. Les syndicats, le gouvernement, les médias… On a pas ça, nous. » Il y a bien une fédération, la Fédération Horlogerie Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie (FHBJO), mais… « non, définitivement, on ne verra pas les bijoutiers dans les rues. Ca n’est pas dans la culture du métier », coupe Caroline, désabusée.

Photo © Marion Maimon

Publié par Vincent Nahan

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