Economie

«On n’a plus les moyens d’acheter la musique»

29 Janvier 2013

Lundi au Midem, le Syndicat National de l’Edition Phonographique a annoncé que le marché du disque avait connu sa 10ème année de crise consécutive en France en 2012, après une diminution notable des ventes de supports physiques et du nombre d’albums commercialisés. Pour faire face à cette crise, différents artistes s’engagent dans des nouveaux types de business qui deviendront peut-être des solutions pour l’avenir du marché de la musique.

L’industrie du disque se porte plus mal que jamais et ça se voit ! La Fnac Saint-Lazare, à Paris, semble quelque peu délaissée par les clients… « Le peu de personnes qui s’aventurent encore dans les rayons musique sont soit à la recherche de cadeaux à offrir, soit ce sont les amateurs de musique ou des gens d’un certain âge qui aiment avoir une preuve matérielle de leur achat, une existence physique de la musique qu’ils achètent », estime Sophie, une jeune femme d’une vingtaine d’années devant les rayons « musique électronique ». « Pour ma part je suis là pour offrir le dernier album de C2C à mon copain et je fais le tour de tout ce qui peut m’intéresser, mais difficile d’acheter plus de 3 ou 4 albums à 20 euros l’unité d’un coup », souligne-t-elle. Non loin, Youssef, 27 ans, déambule devant les CD. Lui n’est là qu’à la recherche de quelques albums ou morceaux à télécharger en rentrant chez lui. «Les gens n’ont plus les moyens d’acheter la musique au prix où elle est vendue en magasin, pense-t-il. Pas étonnant que le marché du numérique soit si foisonnant ».

Le secteur du numérique en hausse

Lundi 28 janvier le Snep a annoncé une nouvelle chute des ventes de supports physiques de musique en 2012, passant de 412,6 à 363,7 millions d’euros, soit une baisse de près de 12%. Le nombre d’albums commercialisés par les quatre majors du disque (Universal, Sony, Warner et EMI) a également reculé de 3% en 2012. Parallèlement, le marché numérique de la musique s’avère être désormais « un véritable relais de croissance pour l’industrie de la musique », comme le souligne le directeur général du Snep David El Sayegh. Ce secteur a en effet enregistré les hausses les plus importantes de revenus avec près de 32% pour le streaming - écoute en ligne - et les abonnements et 11,8% pour le téléchargement.

Avec Internet tout devient accessible gratuitement, et pour faire face, les maisons de disques doivent miser sur une toute autre approche marketing : la qualité sonore. A partir du moment où la musique devient libre et gratuite d’accès, bien que la qualité d’écoute du format compressé laisse à désirer, qui d’autre que les (vieux) amateurs de musique va s’accommoder d’un album remastérisé de Bo Diddley ou d’un vinyle encombrant des Stones ? Alors bien sûr il y a toujours ceux qui aiment posséder ou offrir « physiquement » la musique. « Au-delà de la qualité sonore, un vinyle est un objet que les gens de tous âges aiment à avoir chez eux », confie un disquaire de la Fnac. « En outre, tout comme les remastering, ils bénéficient d’une qualité sonore inatteignable au format MP3. A contrario le support virtuel reste davantage adapté à la musique électronique puisque c’est de là qu’elle provient », ajoute-t-il.

Outre la gratuité et l’accessibilité de la musique sur Internet, le format numérique offre de nouvelles possibilités aux acheteurs. Il y a vingt ans,  il était inconcevable de pouvoir sélectionner les titres que l’on voulait acheter sur un album, c’était soit l’album complet, soit le single phare de cet album. C’est désormais possible grâce à la location de titres via le streaming, ou l’achat numérique de musique via iTunes notamment.

Moins d’albums, plus de live

Du côté des artistes la tendance est de plus en plus à la commercialisation numérique de leur musique. Certains groupes comme Shaka Ponk ou bien Radiohead ont même mis en place des stratégies marketing innovantes basées sur la gratuité de la musique. Ils proposent en effet sur leur site web tous leurs nouveaux titres en téléchargement gratuit et légal, mais misent tout sur leur renommée, l’organisation de tournées et la qualité des prestations scéniques. En octobre 2007, Radiohead a créé le buzz pour la première fois en mettant en vente unique sur son site officiel son album « In Rainbows » à un prix déterminé librement par l’internaute. Cet exploit fut par la suite réitéré à la vieille de la cérémonie des Brit Awards en 2011, avec le lancement surprise de la précommande en exclusivité de « The King Of Limbs » sur le site du groupe de Thom Yorke.

Publié par alexandre lemaire

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