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“L’heure n’est plus à la générosité mais au conservatisme”

03 Octobre 2013

Heinz-Christian Strache, dimanche dernier après le résultat des élections législatives autrichiennes
Les élections législatives du 29 septembre en Autriche ont été marquées par une poussée du FPÖ. Le parti d'extrême droite emmené par Heinz-Christian Strache réalise un score historique de 21,4% et devient la deuxième force politique du pays. A l'heure où le FN ne cesse de progresser dans les sondages, doit-on craindre un scénario à l'autrichienne pour les élections à venir en 2014 ? Blandine Hennion, spécialiste de l'extrême droite et auteur du livre "Front national, l'argent et l'establishment" décrypte ce phénomène.

Le score du FPÖ autrichien est-il révélateur d’une tendance plus générale en Europe ?

Il y a effectivement une conjonction des montées de l’extrême droite en Europe. Le plus frappant est qu’il s’agit autant des pays du Nord que des pays du Sud, qui ont pourtant des histoires et des cultures très différentes. Cela s’explique par le rejet des partis traditionnels qui ont déçu les électeurs. De plus, peu de partis d’extrême droite ont exercé le pouvoir. Ils sont en quelque sorte vierges de scandales politiques et se présentent en alternative inédite.


Un scénario similaire est-il à envisageable en France ?

C’est une possibilité, rappelons-nous ce qui s’est passé en 2002. Les grands partis traditionnels craignent le FN car ils sont fragilisés par leurs coalitions et leurs querelles internes. On peut citer à titre d’exemple : la rivalité Copé/Fillon ou la relation vacillante entre le P.S et les écologistes. L’UDI, en fusionnant avec le Modem pourrait également vampiriser une partie des voix de la droite républicaine. Le plus probable c’est une perçée du FN aux municipales. Pour les européennes, la partie s’annonce plus compliquée, l’électorat frontiste, traditionnellement contre l’Europe pourrait bouder les urnes.

La crise explique-t-elle à elle seule la radicalisation ?

Pas entièrement, le Portugal et l’Espagne subissent de plein fouet la crise, et pourtant on ne note pas de montée en puissance de l’extrême droite. Cela est dû à leur histoire récente, ces pays étaient encore gouvernés par des dictateurs fascisants jusque dans les années 70. Il y a une mémoire plus présente chez les jeunes générations des risques liés à la dérive extrêmiste. Au delà de la crise, c’est aussi la peur et le rejet de la mondialisation qui pousse les européens à se tourner vers les partis d’extrême droite. Mai 68 est loin, on a plus la prétention de pouvoir changer le monde. Aujourd’hui, les illusions sont perdues. L’heure n’est plus à la générosité mais au conservatisme et au repli sur soi.

Peut-on parler d’une extrême droite européenne homogène ?

Tous les partis d’extrême droite ont un dénominateur commun, le culte du chef. Ils ont besoin d’un leader charismatique pour exister. Ils ne fonctionnent pas sur le mode de la concertation pour désigner leurs dirigeants. Pour autant, ils ont des racines très différentes et leurs doctrines sont liées à l’histoire même de leur pays.  Le FN a bien pris quelques contacts avec des formations politiques similaires chez nos voisins en vu de former un groupe parlementaire européen.  Malgré tout, ces partis sont avant tout nationaux et fondamentalement anti-européens.

Publié par LEHENAFF OLIVIER

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