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« Tant qu’il y a des réactions et du soutien, il y a de l’espoir ! »

16 Octobre 2013

© Marjorie Grondin
Une dizaine de personnes se sont rassemblées samedi 12 octobre à Rabat, au Maroc, pour un « baiser symbolique » en soutien aux adolescents poursuivis après avoir posté sur Facebook une photo d'eux échangeant un baiser. En France, certains ressortissants marocains soutiennent eux aussi ces adolescents. Photo © Marjorie Grondin.

Samedi 12 Octobre, une quarantaine de personnes dont une dizaine de couples se sont rassemblées devant le parlement de Rabat, au Maroc, pour un « baiser symbolique » en soutien aux adolescents poursuivis après avoir posté des photos d’eux s’embrassant sur Facebook.

Les deux jeunes adolescents, âgés de 14 et 15 ans, ainsi que l’ami auteur des clichés ont été arrêtés le 4 octobre et détenus pendant trois jours dans un centre pour mineurs à Nador, dans le nord-est du royaume. Leur arrestation a immédiatement enflammé les réseaux sociaux et les autorités judiciaires de Nador ont dû libérer les trois adolescents lundi, tout en maintenant les poursuites. Leur procès a été reporté au 22 novembre. L’Ambassade Marocaine française ne souhaitait pas s’exprimer sur le sujet. Comme beaucoup d’associations marocaines françaises, qui avaient « peur des représailles. »

« C’est un signe d’amour, pas de provocation ! »

Mohammed, un membre de l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France) confie que «  C’est un signe d’amour pas de provocation ! ». Il affirme, comme le reste de l’association, soutenir le rassemblement et condamner fermement ce genre d’arrestation. « On est dans un véritable combat visant à changer les mentalités, et tant qu’il y a des réactions et du soutient, il y a de l’espoir. » assure t-il.

« On essaie d’acquérir une vraie liberté d’expression, mais on sait à quel prix ! »

A 22 ans, Nawelle a vécu 10 ans au Maroc. Pour elle l’arrestation de ces trois adolescents est scandaleuse, « Il y a beaucoup de favoritisme au Maroc, trois adolescents sont punis pour une photo diffusée sur Facebook, quand deux « fils de »  passent inaperçus après avoir violé deux jeunes filles issues de « bidonville », c’est inacceptable ! ». « Dans un pays qui est l’un des premiers consommateurs de films pornographiques, où on fait face à du tourisme sexuel et de la prostitution, punir deux adolescents pour un baiser dévoilé sur Facebook, c’est faire preuve d’hypocrisie. » s’emporte l’étudiante en architecture. La jeune femme n’a pas souhaité être prise en photo, elle confie « Je m’exprime parce que c’est important, mais à trop s’exprimer on peut s’attirer des problèmes. Au Maroc, on essaie d’acquérir une vraie liberté d’expression, mais on sait à quel prix ! ». Pour elle, le rassemblement de samedi en guise de soutien aux adolescents est révélateur de l’envie des Marocains de faire évoluer les mentalités, cependant, même si Nawelle soutient elle aussi ces adolescents, elle confie « Je n’y serais peut être pas allée. En tout cas je n’aurais certainement pas embrassé mon petit ami sur cette place, face aux caméras et photographes. Je connais les conséquences de ces actes. ».

« Il y a une différence entre heurter la conscience collective et vivre sa vie. »

« On est dans un pays islamique et s’embrasser en public est interdit (...) Ce sont des athées qui agissent contre l’Islam », ses paroles d’un contre manifestant rapportées par Le Parisien, font réagir Nawelle et Mohammed. Pour ce dernier « Cet homme fait partie des radicaux islamistes qui ramènent tout à l’Islam. Il y a une différence entre heurter la conscience collective et vivre sa vie. ». « Pour moi il y a trois versions, soit c’est un homme enfermé dans la religion qui ne pense pas par lui même, soit un homme venant de milieu défavorisé qui n’est pas instruit, soit une personne du 3ème âge qui n’a pas évolué avec son temps ! » suppose Nawelle.

La jeune femme confie : « Depuis que le parti islamiste est au pouvoir, je pense qu’on peut parler d’un durcissement des mentalités, la religion est davantage présente. On fait face à deux mouvements très différents, d’un côté l’envie des Marocains de s’occidentaliser et de l’autre les extrêmes qui ont un regard plus critique sur l’Occident, ils ont peur d’aller vers un excès de liberté, ils ont peur que le pays parte à la dérive, que les musulmans abandonnent la religion. »

Publié par Victoria Amiard

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