Politique

Un Sénat brûlant pour le vote des étrangers

09 Décembre 2011

L'hémicycle s'est enflammé lors des débats sur le droit de vote des étrangers. (EFJ-MAG/Arnaud Rey)
Le Palais du Luxembourg a rarement connu pareille animation. L’examen de la proposition de loi sur le droit de vote des étrangers non ressortissants de l’union européenne a attiré sénateurs, ministres et de nombreux journalistes au Sénat hier, jeudi 8 décembre.

« On se croirait dans une cour de récréation ! ». Esther Benbassa, la rapporteur du texte (PS), n’est pas loin du compte. Les sénateurs râlent, applaudissent et tapent du poing. Le débat est enflammé. Fait rare, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le Garde des Sceaux sont venus montrer leur « opposition à cette proposition de loi ». Le chef du gouvernement pointe « le risque de communautariser le débat public ». La position du gouvernement est claire : «  Pour exercer la plénitude des droits civiques, un ressortissant étranger se doit d’acquérir la nationalité française ». « Pas de vote sans citoyenneté et pas de citoyenneté sans adhésion à la nation ! » conclu-t-il. Debout, les sénateurs de droite l’ont longuement applaudi.

François Fillon a affirmé avec autorité la position du gouvernement sur le vote des étrangers. (EFJ-MAG/Arnaud Rey)

Pour son baptême du feu devant les sénateurs, Esther Benbassa n’a pas froid aux yeux. « J’avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers (…) voter pour les scrutins cantonaux et municipaux », commence-t-elle avant de préciser qu’elle citait Nicolas Sarkozy. Les sénateurs socialistes exultent. « Encore, encore, encore ! » scandent-il en tapant sur leurs pupitres. Esther Benbassa citera également Eric Besson, Brice Hortefeux et Jean-Pierre Raffarin qui, à l’annonce de son nom, se lève pour saluer la gauche. La nouvelle sénatrice du Val-de-Marne évoque ensuite son expérience : « J’ai été moi-même une étrangère, une immigrée ». Acclamée, elle conclut en citant Camus : « L’amour de la République, dans une démocratie, est celui de la démocratie. L’amour de la démocratie est celui de l’égalité. » Bruno Retailleau, le sénateur UMP de Vendée, souligne ironiquement la performance : « Vous avez réussi à faire applaudir Raffarin, Fillon et Guéant par la gauche ».

Esther Benbassa, la rapporteur PS du texte, a impressioné son camp pour un premier discours dans l'Hémicycle. (Crédits : Arnaud Rey)

Serein, le président du groupe socialiste au Sénat, François Rebsamen, parle, lui, « d’une citoyenneté nouvelle, une citoyenneté de résidence ». Il s’en prend également à la droite. « Cessez d’attiser les peurs. Je croyais que votre présence (celle de François Fillon) était le signe d’un rassemblement républicain (…) Mais il n’en est rien » déclare-t-il.

François Rebsamen, le sénateur de la Côte-d'Or, pendant son discours dans l'hémicycle. (EFJ-MAG/Arnaud Rey)

Les petits bruits du Sénat

Dans le salon des conférences, tout en dorures et peintures murales, l’ambiance est plus zen. Affalé dans un canapé, Robert Hue, le sénateur du Val-d’Oise, est optimiste. « On est en train de faire passer la proposition de loi », dit-il au téléphone. « Les arguments électoralistes et la peur que la droite veut instaurer n’ont pas fait écrouler le palais de Marie de Médicis à ce que je vois », ajoute-t-il avec un sourire en coin. Si le lieu est silencieux, cela n’empêche pas certains sénateurs de s’emporter. François Rebsamen hausse le ton face à Arnaud Klarsfeld en direct sur BFM TV. « Vous choisissez la facilité, vous êtes triste monsieur Klarsfeld. Vous ne pouvez pas dire des choses comme cela sur des gens qui payent leurs impôts et qui vivent sur le sol français depuis des décennies.» Pour Roger Karoutchi, le sénateur UMP des Hauts-de-Seine, « la République ne se partage pas. ». « Ce n’est pas un beau débat. Ce genre de scrutin symbolique ne fait pas honneur à la République. Ils vont gagner (les socialistes). » conclut-il.

La salle des Conférences au Sénat, refuge pour les sénateurs.(EFJ-MAG/Arnaud Rey)

Les sénateurs ont débattu jusque tard dans la nuit. A minuit, le scrutin a donné raison au camp socialiste par 173 voix pour et 166 contre. Au tour de l’Assemblée Nationale de trancher sur cette loi symbolique pour chaque camp et que la majorité, on s’en doute, ne laissera pas passer.

Publié par Arnaud Rey

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