Societe

Bis repetita pour les migrants du quai d’Austerlitz ?

18 Juin 2015

Les migrants réfugiés du campement quai d’Austerlitz pourraient subir le même sort que ceux de La Chapelle à Paris expulsés il y a deux semaines. Reportage.

« Je m’appelle Mohamed, j’ai 23 ans, je viens du Tchad et je suis arrivé en France pour fuir les conditions de vie dans mon pays ». Ces quelques mots, Mohamed les a appris sur le campement des migrants situé sous la Cité de la Mode et du Design, dans le 13ème arrondissement de Paris. Sous un escalier envahi par les graffitis, une centaine de migrants, majoritairement Erythréens et Soudanais, ont trouvé refuge sous des tentes ordinaires. Seul un étroit chemin de pavés sépare le campement de toile de la Seine.

Des repas distribués et des cours de français

Assis en cercle sur le sol, face à un tableau blanc, une dizaine de réfugiés apprend le français en répétant inlassablement les mots et les phrases utiles au quotidien. Je m’appelle… J’ai 20 ans… Je viens de… D’autres préfèrent s’isoler avec leur cahier pour écrire les chiffres en anglais, en arabe, et en français. « Je parlais correctement français lorsque j’étais enfant, mais j’ai oublié beaucoup de mots, ces cours me servent beaucoup », souligne Mohamed, assis au bord du quai face au fleuve parisien.

Alors que le soleil diffuse ses derniers rayons, des bénévoles installent un petit buffet. « Nous sommes une quinzaine de personnes à venir les soutenir quotidiennement, parfois une trentaine », raconte Marc Naelten, responsable du Réseau Education Sans Frontières. En file indienne, les réfugiés se servent dans des assiettes plastifiées. Pamplemousses, sandwichs, bananes, salades de fruits, compotes, Coca-Cola… Chacun est libre de composer son assiette.

Une menace d’expulsion

Sur décision judiciaire, le campement est sous le coup d’une exclusion. Celle-ci pourrait intervenir dans les jours qui viennent. « C’est totalement injuste, mais nous faisons en sorte d’être là pour leur donner du baume au cœur puisque les élus ne font rien », se désespère Léo, un jeune bénévole.

L’éventuelle expulsion reste un sujet tabou sur le campement. Mais la crainte quotidienne qui pèse sur les migrants est apaisée grâce à l’action généreuse des bénévoles du RESF (Réseau Education Sans Frontières), de la Ligue des Droits de l’Homme ou encore d’Amnesty International. «Nous mettons tout en œuvre pour faciliter leur intégration, explique Léo. Quoi qu’il arrive, nous continuerons à les aider en facilitant leur demande d’asile - qui prend en général deux ans - en apportant à manger et en leur donnant des cours de français par l’intermédiaire du Secours Catholique. Se dirigeant vers un migrant pour le saluer, il ajoute : Nous allons également effectuer toutes les démarches possibles pour qu’ils soient hébergés au plus vite dans des centres prévus à cet effet ».

Publié par Paul Louis

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