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Taxis : le bras de fer continue avec Uber

17 Juin 2015

Les syndicats des chauffeurs de taxi se réunissent demain pour prendre des mesures face aux véhicules de transport avec chauffeur (VTC) et notamment au service très controversé Uber qui s’est vu accorder un sursis par le Conseil Constitutionnel en mai.

Aéroport de Roissy, Orly, place de la Bastille, la Défense… Une centaine de chauffeurs de taxi ont pris d’assaut la capitale et ses alentours mardi 16 juin à l’appel du syndicat SUD taxis. À nouveau, ils dénoncent les VTC (véhicules de transport avec chauffeur) et notamment Uber qui s’implante en France en permettant à des particuliers de proposer leurs services de transport à d’autres particuliers et ce, sans les contraintes qui pèsent sur les chauffeurs de taxi traditionnels. Paris, mais aussi Nantes, Marseille ou Nice… La grogne des taxis se diffuse dans tout le pays. Récemment, des violences ont été recensées entre chauffeurs Uber et artisans taxi. Des affrontements violents qui témoignent d’un climat extrêmement tendu entre la société américaine et les chauffeurs de taxi français. 

«La coupe est pleine»

La nouvelle manifestation parisienne intervient à la veille d’une réunion des forces syndicales qui pourrait s’avérer cruciale. « On va se réunir pour discuter d’actions communes, pour envisager des mesures de rétention », explique Didier Hogrel, président de la Fédération Nationale des Taxis qui n’a pas appelé ses membres à manifester. « Les manifestations ne sont plus des méthodes adaptées. C’est pourquoi, nous attendons beaucoup de cette réunion, explique-t-il. Il faut mettre fin à la concurrence déloyale que subissent les taxis, la loi Thévenoud qui interdit UberPop France semble ne pas faire son effet puisque Ubber s’est vu accorder un sursis. La coupe est pleine».

Même son de cloche du côté de la Chambre Syndicale des Chauffeurs de Taxi qui dénoncent les agissements de Uber. « Nous n’avons pas souhaité manifester car nous estimons ce rassemblement trop spontané. Mais l’état d’esprit est là, le mouvement monte en puissance », estime Christian Delomel, président du syndicat.« Uber fait ce qu’il veut, s’énerve-t-il. Avec ce système, les conducteurs n’ont pas besoin de licence et ne payent pas les 60% de taxes imposés aux artisans taxi. On n’en restera pas là, nous utiliserons toutes les armes possibles. ».

« L’Etat doit vite imposer une réglementation draconienne »

Marc, à bord de son taxi stationné face à la mairie de Levallois-Perret, y voit une stratégie politique. « L’Etat ferme les yeux sur Uber sous prétexte que cela absorbe le chômage en permettant à n’importe qui de s’improviser taxi, dénonce-t-il. Or, ce sont les artisans taxi qui sont les premières victimes de cette pratique vicieuse. » Au volant de son monospace, le quinquagénaire aborde les contraintes qui pèsent sur sa profession : « Pour exercer mon métier, j’ai donné 4 500€ à l’Etat, et aujourd’hui, je continue à payer des taxes importantes. De leur côté, les utilisateurs du système UberPop n’ont aucune contrainte, ça nuit fortement à notre chiffre d’affaires, explique-t-il. L’Etat doit vite imposer une réglementation draconienne au risque de voir les chauffeurs clandestins se multiplier, et les taxis mourir à petit feu.»

Après avoir été saisi de trois QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité) par Uber, le Conseil Constitutionnel avait statué sur l’autorisation du service UberPop en interdisant uniquement la « maraude électronique », c’est-à-dire la géolocalisation des véhicules. La Cour d’appel devra quant à elle se prononcer en septembre sur une demande d’interdiction du service de chauffeurs non professionnels introduite par les sociétés de transport Transdev et Voxtur. En attendant, la société californienne est libre de s’implanter en France. De leur côté, les chauffeurs de taxi entendent bien redoubler d’efforts pour faire valoir leurs droits.

Publié par Paul Louis

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