Sport

Paris sportifs : les mineurs de plus en plus joueurs

17 Juin 2015

Feuille de paris sportif
Le procès des paris suspects du match de handball Cesson-Montpellier du 12 mai 2012 qui s'est ouvert ce lundi 15 juin au tribunal correctionnel de Montpellier n'a pas calmé l'engouement pour les paris sportifs. Y compris chez les mineurs, pour qui les jeux d'argent sont pourtant interdits. Reportage dans un café de Seine-Saint-Denis.

Les amateurs de jeux sont nombreux en cette fin de journée, dans ce tabac de Seine-Saint-Denis. Pendant que la télévision diffuse une course hippique, des groupes échangent bruyamment leurs pronostics du jour, un café à la main. Le sol est jonché de feuilles de paris colorés. Certains jouent aux jeux de grattage, d’autres préfèrent les paris sportifs.

L’assistance est plutôt âgée. Mais parfois des groupes de jeunes entrent dans le tabac, se mettent à la table des paris où l’on trouve les références des matchs du soir. Stylo en main, ils cochent les numéros et se rendent directement au comptoir pour que les faire valider. Parmi eux, un groupe de mineurs de 16 à 18 ans à qui le gérant ne demande pas de présenter de pièce d’identité.

Selon le dernier rapport de l’Observatoire des Jeux réalisé en 2014, de plus en plus de jeunes de 15 à 17 ans misent de l’argent sur des paris sportifs. Un mineur sur trois reconnaît avoir joué au moins une fois à un jeu d’argent au cours de l’année 2014. Au total 31,7% des jeunes interrogés privilégient les paris sportifs. Plus inquiétant, parmi ces mineurs, 11% sont classés comme joueurs « problématiques ».

« Certains mineurs passent à travers les mailles du filet »

Eddy, lycéen de 17 ans, fait partie de ce groupe de jeunes joueurs. Il admet jouer tous les week-ends pour les matchs de championnats et vient de parier sur le match de Copa America, Argentine-Uruguay. Pour lui c’est avant tout une source de revenus. « Comme je suis encore au lycée, les paris sportifs me premettent de gagner mon argent de poche. Même si certains mois je suis en déficit », raconte-t-il. Eddy joue principalement sur des matches de tennis et de football. “Mes mises sont souvent de 5 à 10 euros en fonction du risque que je prends», ajoute-t-il. 

Eddy n’a jamais été contrôlé, “sûrement parce qu’on me donne 18-19 ans » précise-t-il, sourire aux lèvres. D’après une loi du 12 mai 2010, les mineurs n’ont pas le droit de participer à des jeux d’argent, hormis les lotos, les loteries et les tombolas traditionnels.

Dans le doute, le gérant a obligation de vérifier l’âge du parieur. Mais dans ce café, notre gérant reconnaît à demi-mots une faille dans le système et se justifie comme il peut. « Je vérifie l’âge des joueurs lorsque j’ai un doute. Il se peut que certains mineurs passent à travers les mailles du filet. Comme partout. Mais ils reste une minorité », reconnait-t-il, avant de couper court à la conversation.

« Je ne vois pas ce qu’il y a de mal »

Hugo, jeune collégien de 15 ans, joue régulièrement aux paris sportifs. Une pratique qui ne dérange pas son père, malgré l’interdiction. « Je suis au courant qu’il parie sur des rencontres de football. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal. C’est juste un bout de papier sur lequel on coche des numéros », lance-t-il. De temps en temps, il se prête lui-même volontiers au jeu : « Parfois, je lui demande aussi de me faire un ticket. Et ça m’arrive de gagner de petites sommes. »

Publié par Vincent Lécuyer

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